Bon. Avant de faire le ménage dans tous ces théorèmes artistiques, je crois qu’il faut que je me libère des crottes amassées au fil des années et que j’ai encore sur le cœur.
Première libération : Lettre à Pierre Foglia
Monsieur Foglia,
Je ne réagis pas, dans cette lettre, à quoi que ce soit qui fut publié dans votre quotidien. Au fait, je ne crois pas réagir, point. Ce n’est ni pour vous poser une question ni pour vous demander votre avis que je vous adresse ces paroles – j’ai eu ma leçon il y a quelques années, alors pour le passage à la savonnette, c’est gentil, mais je vais passer.
J’ai commencé à lire vos chroniques quand j’avais 14 ans. J’aimais votre ton cinglant et votre regard critique sur les choses. Les mardis et jeudis après-midi, j’avais l’habitude de rentrer de l’école à pied, en compagnie de mon ami Jean-Christophe, à qui je faisais la lecture de vos dernières réflexions. Puis, on discutait longuement de nos points de vue respectifs, jusqu’à ce qu’on arrive enfin chez soi.
Sur ce plan, je crois qu’il est juste d’affirmer que vous m’avez aidée à développer mon esprit critique, bien qu’à l’époque, je buvais vos paroles comme si elles avaient été de l’eau bénite. S’il est vrai que j’acquiesçais à la moindre de vos opinions, vous m’avez en revanche appris à détacher un peu mon jeune esprit de ce qu’il convient, je crois, d’appeler la masse. Je crois que c’est de famille, chez les critiques, vous savez, cette manie de toujours dire blanc quand les autres disent noir. Je vous apprécie toujours beaucoup, mais bon, vous êtes descendu du piédestal, vous vous en douterez.
Peut-être ceci vous fera-t-il sourire : j’ai un grand cahier tout noir, dans lequel j’écris des paroles de chansons, des citations, parfois des extraits de romans, mais un seul article de journal y est collé, et il porte votre griffe. Il doit dater de 1999, en tout cas, dans ces eaux-là. Il parle de guépards, de Dieu et d’ananas, il me semble. Enfin, voilà.
Bon, fini le préambule, j’en arrive à cette fameuse banane volante. Il y a de cela quelques années, j’en ai entendu parler lors d’un souper entre finissants d’arts plastiques (à cette époque, les arts et moi étions déjà sur la corde raide).
La banane volante

Geostationary Banana Over Texas
En janvier 2007, l’artiste montréalais César Saëz a eu l’idée incongrue de faire flotter une banane géante dans le ciel du Texas pendant un mois. Je ne m’étendrai pas sur les détails techniques, car vous pouvez trouver toute l’information sur le site suivant : http://www.geostationarybananaovertexas.com/fr.html.
Donc, cette fameuse banane, elle fait quoi au juste? Elle ne fait rien. Elle coûte 1,5 million de dollars à produire, mais en somme, elle ne fait rien. Et c’était là tout le problème. Ou tout mon problème, devrais-je dire.
En effet, j’avais vraiment un gros problème avec cette banane.
À suivre…